ACTING : UNE MYSTIFICATION DE SOI & DES AUTRES ou LA PRATIQUE DE L’INVENTION DE SOI / en 5 BLOGS par Robert CORDIER
1. L’INVENTION DE SOI / MENTIR VRAI, une VERITE THEATRALE/l’ECOLE
« All acting is a lie, » dit un jour le grand acteur & réalisateur anglais Laurence Olivier. Oui, acting, qui est le jeu de l’acteur, est un mensonge, que l’acteur doit faire paraître vrai en le transformant à travers son imagination créative en une vérité théâtrale.
Cette vérité en une « passion imaginaire » pouvant, surtout au début du processus de travail, aller à contre-poil du sens de la vérité personnelle de l’acteur sera obligatoirement déclanchée & justifiée par l’agile & ludique usage du « Si Magique » ou « Si Créatif. » Il est la clé de contact de l’imaginaire.
Ainsi, une fois ses choix de jeu faits, tout ce que l’acteur doit se dire est, « C’est comme si… » Ces deux petits mots bien magiques, « comme si » sont le tremplin de l’imagination ; la clé d’un inconscient d’acteur. Cet inconscient où nichent ces légions d’aptitudes qui doivent être enrichies par une formation sérieuse : l’aptitude à être détendu, concentré, sérieux, à être plastiquement scénique, à saisir la lumière, artistique, efficace, expressif, observateur, prompt à s’adapter, etc.
Le « Si Magique » aide l’acteur dans le besoin impératif qu’il a de croire en ce qu’il fait. Ainsi, il se dit « Qu’est-ce que moi je ferais si j’étais enfermé dans le dilemme de la personne que je joue ? Quoi de moi si j’étais dans ses souliers ? »
& + encore le « Si Magique » -- un mixage élégant de naïveté, imagination & d’action sort l’acteur de sa tête & le lance sur le terrain fécond de sa propre logique ludique, l’intensifiant. Magic ! -- donnera des couleurs à ce que fait l’acteur, se mystifiant lui-même & les autres ; manifestant, intensifiant, transposant, spécifiant & rendant crédibles autant que visibles & ce de manière fascinante ses actions intérieures. Il les rend évidentes : offrant là au public la merveilleuse illusion de la première fois.
o Clairement, cette croyance de l’acteur, actor’s faith, est capitale & décisive. Clé.
Mais, cette foi ludique ne doit jamais être tiède. Chaude et violente, elle possédera l’acteur, l’aidant à faire « entrer de force son âme dans un sien concept… adaptant des formes convenables à son idée, » comme dit Shakespeare, ou elle ne sera pas.
« Le drame est le spectacle de l’âme, [pourvu qu’elle se fasse voir] et devienne matière & objet de spectacle, » dit Jacques Copeau.
Gamins, gamines, nous sommes tous de grands acteurs & des Picasso en herbe. Pendant cet Age d’Or on ne se prend guère les méninges : on joue, on chante & l’on danse ; on barbouille dans l’éblouissement & la joie de jouer. & puis, c’est merveilleux. Ah ! mais nager allégrement dans l’exhibitionnisme. Exhibitionnisme, qualité innée de l’acteur, qui le fait afficher ses sentiments en public et que pourtant nul comédien ne peut lâcher, sous peine de perdre le désir même de jouer, mais que le métier lui apprendra inexorablement à contrôler au lieu d’être dominé par elle.
Avec le temps -- « Allez c’est pas sérieux ! »-- beaucoup décrochent & deviennent des aficionados… certains pourtant, moins raisonnables & gardant vif en eux l’appel du jeu, leur imagination mise en mouvement, veulent être autre, sortir d’eux-mêmes pour vivre autrement dans l’instable & ambitionnent de faire l’acteur. Ils entrent alors dans une école d’acteurs pour y forger leurs outils, développer l’orgueil de leur talent, chercher la subtilité & la finesse du jeu d’acteur ; les clés & les bases d’une recherche d’interprète.
Thespis fasse que, cette école, soit la bonne !
Une bonne école doit avant tout créer les conditions favorables à l’éclosion de l’inspiration par les moyens de la volonté & obligatoirement de l’intelligence de la nécessité d’une solide technique de base. Elle doit mettre du fer dans le sang de l’élève comédien & forger les conditions dans lesquelles l’inspiration pourra fleurir dans l’âme du futur acteur. Favorisant sa créativité encore fragile, elle lui apprendra les très simples vérités de notre art. A savoir le dictum que nos maîtres sont : « sensibilité, intelligence et volonté ». Aucun de ces paramètres ne pouvant fonctionner efficacement sans les autres. La sensibilité vient en premier ; elle ne peut opérer en solo.
La sensibilité est en fait le pouvoir de savoir saisir émotionnellement l’entièreté du caractère & de l’action.
L’intelligence est le pouvoir de réduire cette expérience émotionnelle en une formule technique pouvant être répétée à volonté, tous les soirs & en matinée, à chaque prise. & pas plus que la créativité, la sensibilité, c’est certain, ne peut s’acquérir consciemment.
La volonté les lie.
Pour cette raison l’art du jeu – acting— ne doit pas s’enseigner. Il se muscle. L’école vraie est un espace d’éducation des sens & de la volonté, un lieu de pratique du maniement des armes & outils du + beau des métiers. Mêmement, cette école ne doit jamais nuire.
La bonne école place le jeune acteur dans les conditions maximales d’une pratique juste et engageante, en un processus continu et évolutif. Comprenant que le don n’est qu’une condition prérequise à l’art, elle doit être un laboratoire où muscler les talents qu’on a & où pareillement enrichir l’aptitude innée que l’acteur possède en son âme de faire confiance à l’inconscient, (lequel réagit du fin fond de la nature.) Elle doit être un centre de vie & de saisie du naturel du jeu & métier de théâtre & d’une intelligence qui telle une machine magique développe le pouvoir d’appréhender la relation des choses entre elles, autant que l’habilité de garder ces relations et le processus de travail en perspective. L’école valable est un lieu de travail discipliné, fécond & joyeux, un espace de découverte de soi-même & de son art, où elle n’est pas.
Il s’agit d’acquérir là une perfection souhaitable & de prendre conscience de ce que l’on fait & d’être un instrument actif, jamais passif.
Il s’agit avant tout d’ accomplir des progrès sur soi-même et de devenir un être humain à plein temps.
Or cette perfection et cette conscience ne peuvent être acquises que si le jeune comédien acquiert une conscience morale du métier en lui, à même ses succès enivrants ou de ses échecs cuisants toujours possibles – tous deux nécessaires au progrès et surtout au courage de son talent-- sinon il ne sera qu’un instrument plus ou moins bien utilisé puis jeté, un kleenex.
Ainsi abordant, puis acquérant l’art de jouer, c’est à dire l’exquise habilité de ne pas tricher, ni « chiquer » justement là où niche la tricherie au cœur d’une autre tricherie, les élèves comédiens deviennent, sur la longueur de temps nécessaire, des comédiens employables-- alliant le commerce & l’intelligence artistique-- & qui sauront fortement donner envie aux décideurs de travailler avec eux sur les planches ou au cinéma. Ou les deux.
Pourtant soyons clairs : si l’on fait du théâtre ou du cinéma c’est pour mentir mieux dans l’immanence. &, là, obligatoirement il faut savoir improviser.
« J’en suis arrivé à comprendre que la créativité commence au moment où dans l’âme et l’imagination de l’acteur apparaît le créatif, magique SI. Alors que seule la réalité actuelle existe, seulement la réalité pratique en laquelle un homme ne peut manquer de croire la créativité n’a pas encore commencé. Alors le SI créatif intervient, voulant dire, la vérité imaginée en laquelle l’acteur peut croire aussi sincèrement et avec plus d’enthousiasme encore qu’il ne croit en la vérité pratique , juste comme l’enfant croit en l’existence de sa poupée et toute la vie en elle et autour d’elle. Dès le moment de l’apparition du SI l’acteur passe du plan d’une autre vie, créée et imaginée par lui. Croyant en cette vie, l’acteur peut commencer à créer. » --Constantin STANISLAVSKI
vendredi 7 août 2009
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